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Outre‑mer, autonomie énergétique et repowering : une aventure collective racontée par Étienne Bouticourt

Le parc éolien repoweré de Sainte-Rose à La Réunion a été inauguré le 9 juin 2026. Derrière ce projet se trouve une véritable aventure humaine : celle d’équipes soudées, engagées sur quatre territoires ultramarins et animées par l’ambition commune de faire progresser localement l’autonomie énergétique.

Étienne Bouticourt, Responsable Développement Outre-mer revient sur les défis techniques et humains qui ont façonné Sainte-Rose, ainsi que sur son parcours à travers 6 questions.

1. L’inauguration du parc éolien de Sainte‑Rose a eu lieu : peux‑tu nous présenter ce projet ?

Etienne Bouticourt : Sainte‑Rose, c’est un site historique : le premier parc éolien mis en service à La Réunion en 2004, avec 23 éoliennes rabattables qui alimentaient 2 200 personnes. Vingt ans plus tard, on a tout repensé. On est passés de 23 éoliennes à 4 machines nouvelle génération, et on multiplie la production par 6. Le parc fournira désormais l’équivalent de la consommation de 13 500 Réunionnais.

Les éoliennes mesurent 80 mètres de hauteur, avec un rotor de 100 mètres de diamètre. Leur acheminement sur un territoire très escarpé a été un vrai défi. Et il a fallu faire cohabiter le chantier avec les habitations et leurs propriétaires, les champs de canne à sucre, le maintien de la production agricole… C’est un environnement humain très vivant, et il a fallu trouver les bons leviers pour que tout cohabite.

2. Le parc est hybridé avec du stockage. Quel rôle joue‑t‑il dans un territoire comme La Réunion ?

EB : La Réunion est une zone non interconnectée : un micro‑grid. On ne peut ni importer ni exporter de l’électricité, donc il faut en permanence équilibrer production et consommation. Le stockage est essentiel pour stabiliser le réseau.

Sur Sainte‑Rose, on a installé 4,6 MWh de batteries. Elles permettent de lisser la production, de la rendre plus prévisible et d’assurer une meilleure intégration au réseau. C’est indispensable dans un système insulaire.

Sainte‑Rose est d’ailleurs notre seul parc éolien à La Réunion. À côté de ça, on exploite trois centrales photovoltaïques, dont la dernière a été mise en service récemment

3. Quels sont les défis énergétiques propres à La Réunion ?

EB : Il y a d’abord les risques cycloniques, qui imposent des exigences techniques très fortes. Les éoliennes ne sont plus rabattables comme en 2004, mais elles doivent résister à des conditions extrêmes. C’est un vrai défi pour les constructeurs.

Ensuite, il y a la biodiversité. À Sainte‑Rose, on a dû intégrer un système de détection et d’arrêt automatique des éoliennes pour protéger le Papangue, un rapace endémique et menacé. C’est un enjeu majeur de cohabitation durable.

Enfin, il y a l’équilibre du réseau, qui est beaucoup plus sensible que dans l’Hexagone. C’est ce qui rend ces projets passionnants.
 

4. Si tu devais résumer le projet du parc éolien de Sainte Rose en une phrase ?

EB : Je dirais qu’il s’agit d’une aventure technique et humaine incroyable, portée par l’énergie collective d’EDF power solutions et des acteurs de l’île, qui nous fait gravir une nouvelle marche vers l’autonomie énergétique de La Réunion. 

5. Parlons un peu de toi : peux-tu revenir sur ton parcours et ce qui t’a conduit aux Outre‑mer ?

EB : J’ai démarré dans les énergies renouvelables en 2008, dans une filiale du groupe Bricorama, au début de l’éolien et du solaire. Je suis originaire de la Drôme, une région très ventée et très ensoleillée, donc ça m’a naturellement attiré vers ces sujets.

En 2010, je suis entré chez EDF Energies Nouvelles (ancien nom d’EDF power solutions) comme chef de projets. J’ai ensuite évolué vers la direction de projets, et je suis devenu référent photovoltaïque au sein de l’équipe Auvergne Rhône-Alpes. Et puis j’avais vraiment ce désir de manager une équipe, de piloter une activité, de travailler sur la stratégie de développement.

En 2020, j’ai prisle poste de Responsable Développement Outre‑mer. C’était une opportunité assez unique : je devenais responsable régional… mais de quatre territoires à la fois : la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion. Chacun avec sa PPE, sa culture, sa dynamique. Aujourd’hui, je m’y épanouis pleinement.

6. Qu’est ce qui t’anime dans ton métier au quotidien ?


EB : Mon parcours, c’est vraiment une histoire humaine. J’ai grandi grâce aux rencontres, aux projets menés avec les équipes du développement, de la réalisation, de l’exploitation… Voir toute la chaîne se mettre en place, de la prospection jusqu’à la mise en service, ça m’a beaucoup fait évoluer.

Dans les Outre‑mer, on est une vingtaine à travailler sur quatre territoires. Le sens de l’équipe, pour moi, c’est essentiel. 

Et puis il y a les enjeux énergétiques. Les Outre‑mer sont des zones encore très carbonées, avec une forte dépendance aux énergies fossiles. Travailler à leur décarbonation, c’est quelque chose qui nous implique beaucoup. Arriver à l’autonomie énergétique grâce aux énergies renouvelables, c’est un objectif qui nous parle à tous dans l’équipe. 

Et c’est aussi ce qui rend certains projets particulièrement marquants. Je pense notamment à Maripasoula, en Guyane, qui présente une véritable double insularité, à la fois zone non interconnectée et communauté totalement isolée au cœur de la forêt amazonienne. Là‑bas, on a développé une centrale hybride solaire‑stockage pour alimenter une commune de 10 000 habitants, accessible uniquement par pirogue ou par avion. Aucun de nos projets ne sont “simples” au départ, ni techniquement ni réglementairement. C’est vraiment l’acharnement de chacun qui permet de les faire sortir de terre.